Introduction  posté le samedi 17 novembre 2007 19:18

La Loi dite Relative aux Responsabilités et Libertés des Universités est d'or et déja passée d'emblée, votée par l'Assemblée Nationale et par le Sénat, cet été, sans que personne ne puisse réagir à cette initiative prise scandaleusement dans le dos de la communauté universitaire.

La LRU, comme on l'appelle, a été officiellement adoptée le 1er août 2007, et a connu sa promulgation le 10 août 2007. Elle est donc aujourd'hui en vigueur, et certaines universités commencent à élaborer des comissions d'application de cette réforme dans l'enceinte de leur administration.

Malgré ce que certaines déclarent afin de déstabiliser les mobilisations, il n'est pas encore trop tard pour contrecarrer cette casse du système universitaire traditionnel français, et le mouvement étudiant, qui a débuté depuis plusieurs semaines, prend véritabement de l'ampleur.

Qu'est-ce qu'au juste la LRU? Qu'implique-t-elle pour les universités? La suite du blog tentera de donner les informations les plus fluides et cohérentes, de donner les clés pour maîtriser le contenu de cette loi qui est difficile à saisir et à comprendre dans toute sa globalité.

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Généralités sur la LRU  posté le samedi 17 novembre 2007 19:40

La loi no 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU), initialement intitulée loi portant organisation de la nouvelle université et communément appelée loi d'autonomie des universités, bien que cela n'ait jamais été son titre officiel, est une loi française du gouvernement Fillon. Le projet de loi a été annoncé fin mai 2007 et élaboré en juin 2007 avec les partenaires sociaux et organisations représentatives étudiantes par la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse qui a défendu la loi devant le Parlement en juillet et en août 2007. Cette loi a été critiquée par une partie des organisations étudiantes et certaines organisations du personnel des universités, en particulier depuis la rentrée universitaire 2007, et soutenue par la Conférence des présidents d'université ou d'autres associations étudiantes.

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Objectifs ouvertement explicités par le gouvernement  posté le samedi 17 novembre 2007 20:01

François Fillon l'avait annoncé dès sa nomination comme Premier Ministre par Nicolas Sarkozy en Mai 2007, la réforme sur les universités, proposée par l'actuel Président de la République pendant sa campagne électorale, est "l'une, voire la réforme la plus importante du quinquennat."

En effet, le gouvernement a différents buts, différents objectifs, qu'il espère atteindre par le biais de la LRU. Quels sont-ils?

Le gouvernement souhaite

- moderniser le système universitaire français, 

- améliorer la compétitivité internationale des universités, 

- renforcer l'attractivité des universités françaises pour les bacheliers français,

- améliorer l'offre de formation universitaire face aux filières sélectives (grandes écoles),

- renforcer l'attractivité pour les étudiants étrangers, 

- renforcer l'attractivité pour les enseignants-chercheurs étrangers (procédures du recrutement, conditions d’accueil, salaires), 

- lutter contre l’échec à l’université

- améliorer la gouvernance des universités

- renforcer le rôle des présidents d’université

- rendre la recherche universitaire visible à l’échelle internationale

 

Nous pouvons ainsi voir que parmi ces objectifs, ceux qui ressortent le plus sont ceux gravitant autour de la compétitivité des universités françaises, et de leur capacité à être attractives sur le plan européen et international. Cette conception de l'université comme outil pour une concurrence internationale serait catastrophique, car qui dit concurrence dit forcément élitisme assuré, sélections rigoureuses, formations sévères, et administrations autoritaires.

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Une loi considérée comme inéluctable  posté le samedi 17 novembre 2007 21:36

Le principe de la Loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités n'est pas nouveau: des réformes visant à instaurer l'autonomie des universités avaient été avancées en 1986 ("Loi Devaquet"), et en 2003 ("Loi de Modernisation Universitaire") et rejetées à chaque fois par les mouvements étudiants. Ces réformes relèvent d'un processus européen, le processus de Bologne, d'où est aussi issue la réforme LMD, qui accorda aux universités une autonomie pédagogique, remettant ainsi en cause le cadre national des diplômes. Poursuivant la même logique, la LRU remet notamment en cause le cadre national du financement des universités. Selon le gouvernement, il s'agirait de moderniser l'enseignement supérieur français, en le rendant compétitif au niveau international. En langage moins condé, il s'agit surtout de faire des universités des outils au service des grandes entreprises dans la compétition économique internationale.

Mais pour "en finir avec l'université de Mai 68", telle qu'elle est dénoncée par les propos de Nicolas Sarkozy, la LRU n'est que le premier coup de massue de la vaste "Réforme". Premier chantier qui sera suivi de cinq autres: la vie étudiante, l'immobilier, les campus universitaires, le statut des jeunes enseignants chercheurs, carrières des personnels. Si cette première réforme parvient à s'attaquer aux bases de l'université en ne trouvant aucun obstacle sur son chemin, c'est tous les murs qui risquent de s'effondrer quand les "chantiers" suivants seront mis en route. En d'autres termes, sans opposition à la LRU, les "réformes" vont s'enchaîner selon une logique de dominos.

Si la LRU est le début d'un vaste engrenage destiné à restructurer l'Université Française, elle est également le point final, le socle de libéralisation des Universités sur le plan européen débuté par le processus de Bologne en 1999 et émancipé avec la Réforme LMD.

Trahissant les véritables intentions du gouvernement, la Loi Pécresse a été adoptée dans l'urgence, en août, pendant les vacances, sans veritable concertation et contre l'avis de la majorité de la communauté universitaire. La communauté universitaire serait-elle contre toute idée de modernisation?

Tout dépend de ce que cela implique. Pour les uns, moderniser, c'est transformer un enseignement à vocation pédagogique et démocratique en usine de cerveaux assujettie aux besoins du marché. Pour les autres, il s'agit de résoudre véritablement les problèmes. Car il est indéniable qu'une réforme de l'université est nécessaire. Mais elle doit être le fruit d'un débat de l'ensemble de la communauté universitaire et faire l'objet d'un réengagement financier de l'Etat. Toujours est-il que cette réforme est une pierre de plus, une pierre de trop, et qui n'est pas la dernière, visant à s'approcher encore plus de la professionalisation, de la privatisation de l'université française, laquelle sera sur le long terme dénaturée.

 

Article paru dans l'argumentaire 4 pages du Comité de Mobilisation de Paris III, disponible à la demande

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Etat des lieux à l'Université Française  posté le samedi 17 novembre 2007 22:44

Les intentions du gouvernement envers l'université ont été parfaitement résumées par Christine Lagarde, ministre de l'économie, lors d'un récent discours. Voilà comment elle qualifie les étudiants: "ces jeunes sont notre capital, 'capital humain' comme on dit de nos jours, la matière première de cette 'économie de l'intelligence' qui régira la société de demain."

Les échecs de l'Université

L'Université est aujourd'hui en échec sur principalement trois aspects.

Premièrement, elle ne permet pas l'insertion professionnelle de nombre de ses diplômés.  Combien d'entre nous, notre diplôme en poche, doivent passer de petits boulots en petits boulots pour espérer un jour avoir un emploi stable et bien rénuméré? En moyenne, "ce sas de précarité" à la sortie de la fac dure 3 ans.

Deuxièmement, elle n'assure pas la réussite de tous les étudiants, loin de là.

Combien d'entre nous sont en échec scolaire, un échec qui mène parfois à quitter l'université?

100 000 étudiants sortent chaque année de l'université sans dip^lôme.

Enfin, dernièrement, le service public connaît des dysfonctionnements. L'université manque de moyens financiers et humains. Beaucoup de nos facs sont sous-équipées et le manque d'enseignants se fait cruellement sentir dans certaines filières.

La réponse de la droite

Aujourd'hui, la droit prétend répondre à ces problèmes point par point.

- Sur la question de l'insertion professionnelle, elle répond par le concept d'"employabilité" cher au patronnat. Il faut qu'à la sortie de l'université, les connaissances des étudiants servent directement les besoins spécifiques des entreprises.

- Sur l'échec scolaire, elle répond par la mise en place d'un système à deux vitesses. Ceux qui ont soi-disant les capacités de suivre des cursus longs et qui sont "méritants" doivent être encouragés à suivre des filières d'excellence. Les autres étudiants doivent être orientés vers des filières courtes et spécialisées.

- Enfin, sur les dysfonctionnements du service public, il s'agit de se tourner vers le privé et de revoir la gestion des universités. Renforcer le financement privé pour résoudre le manque de moyens financiers et réduire les dépenses publiques, casser la fonction publique pour résoudre le problème des moyens humains en recrutant des contractuels et augmenter les pouvoirs du président pour améliorer la gestion de ces différents moyens: voilà l'affichage de la droite.

Les raisons de cette politique

Les évolutions scientifiques et technologiques font qu'aujourd'hui, l'économie capitaliste a besoin de plus en plus de gens formés selon les nouveax besoins du marché du travail. Pour perpétuer le système actuel, la droite et le patronat ont besoin d'une université au service du marché et non au service des individus. Les réformes actuelles ont pour but d'accélerer cette transformation de l'université. Elles découlent de la stratégie adoptée par les gouvernements de l'Union Européene à Lisbonne en 2000: "faire de l'Europe l'économie de la connaissance la plus compétitive au monde."

Le lancement de la réforme LMD en a été le premier jalon, mais lorsqu'au même moment le gouvernement a voulu faire passer la loi dite de modernisation universitaire (équivalent de la réforme Pécresse actuelle), les étudiants l'ont rejeté. La raison en est simple: l'asservissement de l'université au marché du travail s'oppose aux besoins des individus. La précarité que nous vivons aujourd'hui déja fortement ne ferait que se développer encore plus. C'est ce qui s'est passé dans tous les pays qui ont fait une réforme similaire: la sélection et la hausse des frais d'inscription ont ainsi rapidement été mis en oeuvre dans de nombreux pays, comme dernièrement l'Allemagne et l'Italie. OUI, il faut réformer l'université, mais pour permettre à chacun de devenir un citoyen à part entière, de trouver sa place dans la société, de rentrer dans un parcours professionnel mais au delà dans un parcours de vie sécurisé.

 

Article tiré de la brochure de l'UEC autour de la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités

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