Les
intentions du gouvernement envers l'université ont
été parfaitement résumées par Christine
Lagarde, ministre de l'économie, lors d'un récent
discours. Voilà comment elle qualifie les étudiants:
"ces jeunes sont notre capital, 'capital humain' comme on
dit de nos jours, la matière première de cette
'économie de l'intelligence' qui régira la
société de demain."
Les
échecs de l'Université
L'Université est aujourd'hui en échec sur
principalement trois aspects.
Premièrement, elle ne permet pas l'insertion
professionnelle de nombre de ses
diplômés. Combien d'entre nous, notre
diplôme en poche, doivent passer de petits boulots en petits
boulots pour espérer un jour avoir un emploi stable et bien
rénuméré? En moyenne, "ce sas de
précarité" à la sortie de la fac dure 3
ans.
Deuxièmement, elle n'assure pas la réussite de
tous les étudiants, loin de là.
Combien d'entre
nous sont en échec scolaire, un échec qui mène
parfois à quitter l'université?
100 000
étudiants sortent chaque année de l'université
sans dip^lôme.
Enfin, dernièrement, le
service public connaît des dysfonctionnements.
L'université manque de moyens financiers et humains.
Beaucoup de nos facs sont sous-équipées et le manque
d'enseignants se fait cruellement sentir dans certaines
filières.
La
réponse de la droite
Aujourd'hui, la
droit prétend répondre à ces problèmes
point par point.
- Sur
la question de l'insertion professionnelle, elle répond par
le concept d'"employabilité" cher au patronnat. Il
faut qu'à la sortie de l'université, les
connaissances des étudiants servent directement les besoins
spécifiques des entreprises.
- Sur
l'échec scolaire, elle répond par la mise en place
d'un système à deux vitesses. Ceux qui ont
soi-disant les capacités de suivre des cursus longs et qui
sont "méritants" doivent être encouragés
à suivre des filières d'excellence. Les autres
étudiants doivent être orientés vers des
filières courtes et spécialisées.
-
Enfin, sur les dysfonctionnements du service public, il
s'agit de se tourner vers le privé et de revoir la gestion
des universités. Renforcer le financement
privé pour résoudre le manque de moyens financiers et
réduire les dépenses publiques, casser la fonction
publique pour résoudre le problème des moyens humains
en recrutant des contractuels et augmenter les pouvoirs du
président pour améliorer la gestion de ces
différents moyens: voilà l'affichage de la
droite.
Les
raisons de cette politique
Les évolutions
scientifiques et technologiques font qu'aujourd'hui,
l'économie capitaliste a besoin de plus en plus de gens
formés selon les nouveax besoins du marché du
travail. Pour perpétuer le système actuel, la droite
et le patronat ont besoin d'une université au service du
marché et non au service des individus. Les
réformes actuelles ont pour but d'accélerer cette
transformation de l'université. Elles découlent de la
stratégie adoptée par les gouvernements de l'Union
Européene à Lisbonne en 2000:
"faire de
l'Europe l'économie de la connaissance la plus
compétitive au monde."
Le lancement de
la réforme LMD en a été le premier jalon, mais
lorsqu'au même moment le gouvernement a voulu faire passer la
loi dite de modernisation universitaire (équivalent de la
réforme Pécresse actuelle), les étudiants
l'ont rejeté. La raison en est simple: l'asservissement de
l'université au marché du travail s'oppose aux
besoins des individus. La précarité que nous vivons
aujourd'hui déja fortement ne ferait que se
développer encore plus. C'est ce qui s'est passé dans
tous les pays qui ont fait une réforme similaire: la
sélection et la hausse des frais d'inscription ont ainsi
rapidement été mis en oeuvre dans de nombreux pays,
comme dernièrement l'Allemagne et l'Italie. OUI, il faut
réformer l'université, mais pour permettre à
chacun de devenir un citoyen à part entière, de
trouver sa place dans la société, de rentrer dans un
parcours professionnel mais au delà dans un parcours de vie
sécurisé.
Article tiré
de la brochure de l'UEC autour de la Loi relative aux
libertés et responsabilités des
universités